J'écoute : o Je regarde : h Je lis : a Je joue : y Je mange : o Je bois : go Je cite : zai Je pense : ma Je rêve : su (mis à jour samedi 8 août 2009 à 13:23)
A ne pas voir, non plus : ABSENT, film argentin...
Le début du film était pourtant prometteur avec ces regards appuyés, ce sourire canaille, cette détermination dans la préparation de la prédation.
Seulement voilà, on eut préféré que les caresses de notre chasseur en herbe produisent leur effet, sous le petit short du prof de gym hétéro.
Que ce nigaud de prof se réveille le sexe dressé et n'en pouvant plus, qu'il se rue sur le sofa où l'attend, la croupe offerte, notre faux ingénu en chaleur.
Qu'ils remettent ça, à la piscine, chez les parents, dans la voiture, puis qu'ils se jettent dans les chutes d'Iguaçu, faute de pouvoir vivre au grand jour leur passion.
Ben non. Au lieu de cela, notre lycéen fait une chute mortelle d'un mètre. Et là, on s'emmerde tellement qu'on attend avec impatience le générique de fin.
Par contre, j'ai bien aimé les répliques de SUBMARINE, comédie britannique mettant en scène l'histoire d'un ado un peu ravagé de la tête dans un bled paumé du Pays de galles.
Il en a une longue, très longue même, large et réellement impressionnante. Seulement voilà, il a fait voeu de chasteté pour guerroyer en Terre Sainte sous le signe de la Croix. Et il n'y a guère que les Infidèles qui en aient tâté, lorsqu'il regagne l'Angleterre au moment où le roi Jean dit "Jean Sans Terre" décide de partir à la reconquête de son royaume et de son pouvoir absolu. Un pouvoir sérieusement rogné par une charte des libertés qu'il a dû concéder après avoir été vaincu par les armes . Jean s'est entouré pour l'occasion d'une horde de mercenaires danois -païens- et a obtenu la bénédiction du Pape Innocent III.
Direction le château fortifié de Rochester, verrou stratégique sur la route de Londres et que s'empressent de gagner de leur côté une escouade de rebelles menée par notre preux templier.
Elle est jeune. On l'a mariée à Cornhill, seigneur de Rochester, qui pourrait être son grand-père et ne goûte point les charmes féminins (rôle sur mesure pour Sir Derek Jacobi alias le pédéraste Gracchus de "Gladiator" alias le moine-enquêteur Cadfael, dans la vieille série britannique éponyme).
Sa virginité lui pèse autant que le mortel ennui qui règne entre les murailles imprenables de la forteresse. Lorsque le templier, mandaté par l'archevêque de Cantorbury, chef de file de la rébellion, pénètre dans l'enceinte avec sa longue épée pendant au flanc de son destrier et au milieu de sa poignée de volontaires, le petit c...r esseulé de notre donzelle s'embrase.
Elle est longue, si longue qu'elle ne peut s'empêcher, à la première occasion, de s'en saisir et de la caresser avec convoitise. Que d'entrailles cette puissante lame a-t-elle fouraillées, que de chairs ont-elles été tourmentées avec art par ce noble instrument de la Volonté Divine ? Serai-je un jour frappée moi-même par la Grâce, se demande-t-elle le regard embrasé par un retour aussi soudain qu'inattendu à la Vraie Foi ?
On l'appelle "Tiberius". C'est pourtant un Viking pure souche, car on l'a déjà vu dans le "13ème guerrier" où il donnait la réplique à Antonio Banderas. Il est le chef de l'armée danoise. Il est venu combattre avec la promesse du Pape que son peuple sera épargné par une christianisation imposée à la force du glaive. Seulement voilà, après plusieurs mois de siège, il a enchaîné les échecs.
Raillé par le roi Jean, il peine à dissimuler sa rage sous les mèches de sa crinière couleur paille. Il affûte avec hargne le tranchant de son immense et lourde hache en bandant tous ses muscles, sous le maquillage bleu dont il s'est enduit le visage et le torse.
Notre géant blond -aussi peu loquace que son brun rival- n'a qu'une envie en tête : faire sa fête au templier dont la résistance acharnée ne fait que décupler sa propre fougue. Testostérone, quand tu nous tiens...
Que croyez-vous qu'il arrivera à cet impossible ménage à trois (Cadfael, trop sensible pour faire endurer plus longtemps à son âme sensible un spectacle aussi insoutenable, s'étant déjà allé se faire pendre ailleurs) ?
Dans le fracas des armes, au milieu des effusions du sang, du jaillissement des cervelles éclatées, de l'amoncellement des corps suppliciés et du chaos de la bataille, nos héros parviendront-ils à trouver l'apaisement final de leurs inconciliables passions "croisées" ? La cavalerie française, appelée à la rescousse par la rébellion, arrivera-t-elle à temps ?
Maximus reviendra-t-il des "Champs Elysées", avec la permission de Michel Drucker, pour faire triompher le Bien sur le Mal ?
Voici un bien étrange ovni israélien, qui commence comme un film de Robert Lamoureux (la 7ème compagnie) et se termine comme un film d'Istvan Szabo (Colonel Redl). Je n'ai pas tout de suite compris le propos de cette oeuvre aux nombreuses longueurs. Ce n'est qu'en rentrant chez moi, que j'ai enfin réalisé que je venais d'assister à une démystification en règle des clichés de la mythologie qui entoure Tsahal au cinéma. Pour résumer très rapidement : une armée citoyenne, égalitaire, et exemplaire.
Ici, nos jeunes conscrits sont des recrues peu banales, puisque la 4ème section, au sein de laquelle ils font leurs classes en cette année 1956, quelques années à peine après la proclamation de l'indépendance et peu de temps avant la crise de Suez, ne rassemble que ce que l'on nommerait habituellement des "cas sociaux".
Un kibboutznik un peu dingo, obsédé par l'idée de servir comme parachutiste, un séducteur prolétaire aussi canon que maladroit, un homosexuel grassouillet, danseur du ventre occasionnel et souffre-douleur de la chambrée, et quelques autres spécimens présentant diverses tares physiques ou mentales. Pour les encadrer et leur enseigner les rudiments de la chose militaire, un jeune commandant à l'humour décalé mais faussement sympathique.
De fil en aiguille, les brimades se multiplient et le vernis de convivialité, qui faisait illusion au début, craque de tous côtés. Tabassé, humilié, rejeté, l'homosexuel finit par prendre ses cliques et ses claques, après avoir refusé de jouer une fois de plus le rôle d'amuseur de la galerie. Pour se rebeller, il chante la Marseillaise, sous une pluie battante, droit comme un piquet. Ce n'est qu'à ce moment là que l'on comprend qu'il est d'origine française.
Le séducteur prolétaire s'aperçoit sur le tard que la jeune beauté bourgeoise et distante qu'il avait draguée lors d'une soirée, n'habite pas à l'adresse indiquée. Choc assuré lorsque l'habitante des lieux, une parfaite inconnue, lui remet son paquet de lettres d'amour.
Un attardé mental épileptique décède en plein exercice, sans que personne ne semble s'en émouvoir.
Et cerise, sur le gâteau, notre kibboutznik, tête de turc du chef de section qui ne supporte pas ce rejeton de l' "aristocratie" israélienne d'Europe orientale, réalise qu'il ne rejoindra jamais, malgré tous ses efforts, le corps d'élite auquel son origine le prédestine naturellement. Affecté contre son gré dans la police militaire, malgré les promesses de son supérieur hiérarchique, qui le nargue jusqu'au dernier moment, il hésite à l'abattre d'une balle dans le dos, avant de retourner son arme contre lui.
L'"Oeil invisible" ou quand la dictature s'insinue jusqu'au fond des chiottes
Voici deux semaines, j'ai refait une brève incursion sur les terres exotiques du cinéma argentin. La dernière remontait à plusieurs mois déjà, lorsque j'avais découvert avec un plaisir non boudé, le long mais stupéfiant "Dans ses yeux" du cinéaste Juan José Campanella, justement récompensé par l'oscar 2010 du meilleur film étranger.
Cette fois-ci, il s'agissait d'un autre réalisateur, un certain Diego Lerman, dont je n'avais naturellement jamais entendu parler jusqu'à présent et à propos duquel j'ai la paresse -assumée- de me documenter plus avant. L'histoire se déroule dans le huis clos d'un pensionnat mixte de Buenos Aires, quelques mois, avant la chute de la dictature, en 1983, dans le sillon de la guerre des Malouines opposant l'Argentine au Royaume-Uni.
Dans ce pensionnat austère, aux murs décrépis, une jeune surveillante de 23 ans, Maria-Térésa (Marita, pour les intimes), tombe imperceptiblement mais follement amoureuse d'un lycéen chaste au sourire de canaille. Elle partage un modique deux pièces de banlieue, avec sa mère et sa grand-mère. Un foyer depuis longtemps déserté par un père que l'on imagine, en miroir, à la fois volage et violent. Son lieu de travail constitue visiblement son seul lien avec le monde extérieur, qu'elle retraverse en tramway, le soir venu, en se limant mécaniquement les ongles, le regard absent, plongée dans ses pensées les plus intimes.
Profitant de la confiance du proviseur, un quinquagénaire aux cheveux gominés et teints, affichant une raisonnable bedaine et les lèvres concupiscentes surmontées d'une fine moustache, elle obtient l'autorisation de mener une enquête confidentielle pour démasquer la présence de fumeurs parmi les garçons.
Tâche qu'elle accomplit avec un zèle peu ordinaire, car elle s'enferme quotidiennement dans la même cabine crasseuse des toilettes déglinguées réservées aux jeunes mâles, face aux urinoirs en zinc. Vasques rouillées et constellées de longues traînées vertes, sous l'effet de l'ammoniaque déversé par les jets puissants de plusieurs générations d'utilisateurs.
Cette surveillance peu conventionnelle devient progressivement rituelle. Le spectateur est assez vite affranchi des mystères d'une telle pratique. On comprend en effet qu'elle a inventé de toutes pièces cette histoire de fumeurs clandestins pour mieux épier l'objet secret de son désir. Et s'enivrer par la même occasion des envoûtantes effluves de testostérone dégorgée par chaque pore de la peau de ces adolescents malicieux et sournois, aux charmes en plein développement.
Cédant un jour à l'ivresse et bravant dans le même temps les interdits de sa pieuse éducation, Marita ôte fiévreusement sa culotte au dessus du wc "modèle turc" et s'administre une vigoureuse masturbation, accroupie, sa jupe plissée à carreaux remontée jusqu'aux genoux. Le plaisir croissant inexorablement face à tant d'application, elle parvient difficilement à retenir ses râles de plaisir, dont les sons rauques résonnent bestialement dans le silence de ces lieux d'aisance, décidément si bien nommés.
Pendant ce temps-là, notre proviseur, aux allures de vieux séducteur faussement débonnaire, commence à se poser des questions, l'enquête ne semblant pas progresser en dépit de tous les efforts déployés et conduits de "main de maître" par sa protégée, dont les allures savamment étudiées de farouche vestale ne font que décupler les appétits sexuels.
Appétits vite esquivés par l'intéressée, dès que la timide cour que lui fait son admirateur devient trop pressante, lors de leurs rares moments en tête à tête. Mais déjà dehors, gronde la révolte et sourdent les premiers échos des manifestations sur la Place de Mai.
Mû par une curiosité dopée par la frustration le sémillant proviseur finit par surprendre notre fausse ingénue en pleine action dans les toilettes, lui laissant à peine le temps de reprendre sa respiration, après un énième massage en profondeur de son entrecuisse.
Notre apprentie-espionne enfourne prestement sa culotte roulée en boule dans la poche de son tailleur, avant de se lancer, le verbe tremblant sous l'émotion, dans une explication assez peu convaincante sur sa présence incongrue et, somme toute, assez peu discrète dans sa cachette favorite.
Survient alors un bruit de pas annonçant l'arrivée impromptue de jeunes pisseurs, qui décide notre hidalgo à repousser la troublante et troublée Marita dans son repère. Le voilà qui s'y enferme avec elle, pour éviter cet improbable couple ne retrouve surpris en fâcheuse posture. Mais sitôt nos jeunes garçons repartis, la prostate plus légère et le gland encore un peu humide, le proviseur perd tout contrôle.
Il plaque la surveillante, la tête contre le mur avant de l'enfourcher de son dard et de lui gicler dans le con, après quelques ha-han convulsifs. Le chignon défait et le chemisier entrouvert sur ses petits seins, la vierge déflorée se précipite hors de la cabine et se rue sur l'un des lavabos.
Interrompant son goutte-à-goutte lancinant, elle en ouvre la valve grinçante pour s'asperger le visage d'une onde calcaire et putride, en guise de bain lustral. Réalisant l'irrémédiable déshonneur qu'elle vient de subir et brusquement déterminée à effacer le vil outrage infligé à son espiègle innocence, elle s'empare de sa lime à ongle. Et la plante sauvagement dans le dos de son assaillant, qui de son côté était déjà en train de se recoiffer, l'air goguenard, face au miroir, en rajustant son noeud papillon.
Désemparée et les yeux hébétés, Marita traverse le patio désert du lycée, tandis que tout près, retentissent les premières explosions de la Révolution.
(Fin)
C'était aussi cela, les années 1980 dont nous sommes si nostalgiques aujourd'hui. L'invasion de l'Afghanistan par les troupes soviétiques, en 1979, à plusieurs milliers de kilomètres de chez nous, coïncidait avec l'apogée du disco sur les dance-floors occidentaux. Le Salvador, le Nicaragua, la Grenade, Thatcher, Reagan et les derniers soubresauts de la guerre froide, avant la surprise totale face à l'écroulement d'un monde binaire et bipolaire, qui nous avait vu naître et auquel nous étions habitués.
Récemment "étrillé" par la presse américaine après avoir pris la défense de DSK dans une feuille de chou d'outre-Atlantique, notre Jonathan Hart national a profité d'une brève halte au Ritz, pour nous accorder une interview exclusive dans laquelle il n'hésite pas à casser sa traditionnelle image de pisse-froid sermonneur et à endosser les habits neufs d'un adepte insoupçonné de l'auto-dérision. Enfin...presque
Interview:
- Votre récent article dans le "Global Star" était un vibrant plaidoyer en faveur de votre ami DSK, pris dans la tourmente de la justice new-yorkaise. Il vous a valu une attaque en règle de la part des médias américains qui vous qualifient de "penseur milliardaire" et d' "intellectuel en chemise déboutonnée".
Pire, cette presse met sérieusement en doute vos talents littéraires, puisque votre "American Vertigo" a été cité comme l'un des plus mauvais livres jamais écrits sur les Etats-Unis. Alors mon cher Bernard, je vous le demande sans fard, aviez-vous bien mesuré les conséquences d'une telle prise de position dans le contexte actuel ?
- Evidemment ! Un joli coup de pub au niveau planétaire, et dont je ne suis pas peu fier. C'était çà ou accepter de passer chez Mireille Dumas qui me harcelait depuis des lustres pour que je fasse exploser son audimat, avant le naufrage inéluctable de son émission-culte passé totalement inaperçu. Franchement, vous m'auriez imaginé, avec Arielle, évoquer en gloussant notre vie privée, à une heure de faible écoute, pour tenter de faire concurrence à Patrick Sébastien et Karen Sheryl ? Qui aurait pu sérieusement croire que je passe mon temps à twitter mes vieilles chroniques, pendant qu'Arielle repasse amoureusement mes célèbres cols de chemise en chantant le Top 50 ?
Allons ! Il est des batailles perdues d'avance qu'il faut savoir ne pas engager pour conserver son avantage, comme il est des mythes dont la déconstruction serait fatale aux rêves des petites gens si prompts à s'offrir en piédestal aux gloires usurpées . Mieux vaut laisser croire que L'Elysée m'a intimé l'ordre de ne plus m'exprimer sur la Libye à la demande expresse du Président Obama, jaloux de ma notoriété, et suggérer que je boycotte volontairement tous les JT.
J'ai donc officiellement choisi de ne plus communiquer que sur ma prochaine biographie à paraître aux éditions "L'Ego between", sous forme d'entretiens croisés avec le philosophe Fujiyama. Ce sera à n'en pas douter une vraie bombe pour la rentrée littéraire ! Que dis-je, un véritable cataclysme dans le Landernau germano-pratin !
- L'écrivain américain d'origine japonaise Fukoyama, vous voulez dire, je présume ?
- Non, Fukishima ! Me croyez-vous donc aussi inculte que ces "red necks" de la "Middle Belt", aux "States" ? Ces infâmes ploucs de la National Riffle Association et autres tea-parties ? Sachez que l'oeuvre de mon ami intime Furyo Fukishima, l'auteur de l'"Amère infertilité" , de la "Confusion des Grâcques" et du "Carillon gore" n'a aucun secret pour moi ! Je revendique mon cosmopolitisme culturel ! Le génie ne connaît pas les frontières, comme dirait Hugues Auffray, cet indémodable navigateur californien dont je n'ai jamais compris, d'ailleurs, la rancoeur aussi prodigieusement obsessionnelle que vertigineusement anachronique contre Napoléon III.
- C'est à dire que...
- Je déconne...On ne peut plus rire de nos jours ?
- Ah d'accord, c'est effectivement très drôle. C'est que, voyez-vous, je ne m'attendais pas à une telle preuve d'humour de votre part.
- C'est le drame de mon existence mais aussi le lot commun de tous les grands esprits depuis que l'homme a quitté l'état de nature pour entrer dans celui de la culture. Tiens, il faudra que je la replace, celle-là...
- Ca ressemble quand même un peu à du Jean-Jacques Rousseau, non ? Ne craignez-vous pas d'être accusé de plagiat ?
- Impossible ! Tout le monde sait que je suis un Voltairien pur sucre...
- Light ?
- Pardon ?
- Non rien, j'essayais de faire de l'humour, mais mon talent est loin d'égaler le vôtre.
- Je comprends. C'est que vous serez resté sûrement un peu dans l'état de nature, comme la plupart des mortels. Ce n'est pas ainsi que vous siégerez un jour sur les bancs de l'Académie française ou que votre dépouille sera inhumée en mondiovision, entre les colonnes du Panthéon. A ce rythme, j'imagine plutôt votre insignifiante mémoire entretenue artificiellement par l'une de ces épitaphes collectives, sur ces innombrables plaques commémoratives ornant les places de nos villages, et que seules la fiente de pigeons galeux et l'urine de caniches nains honorent désormais de leur oublieux souvenir.
- Quoi ?
- Je plaisante ! Vous voyez... je vous piège à chaque fois ! Vous êtes tellement...prévisible !
- Je vois...et vous tellement...surprenant, tellement...édifiant !
- D'habitude on me dit plutôt...pontifiant, mais cela ne me dérange pas. Il faut bâtir des ponts, des ponts au-dessus des fleuves, des ponts entre les cultures, entre les pauvres et les riches, entre les faibles et les puissants, comme mes illustres prédécesseurs ont tenté de le faire avant moi, et comme je m'efforce de le faire à présent...
- Vous parlez de qui, Socrate et Aristote, Nieztche ? Heidegger ?
- Non, je parle de ceux qui se sont succédé dans ce fauteuil réservé à vos invités, le dernier c'était Naguy, il me semble ? Sabatier ? Les Carpentier ?
- Non, c'était Lady Gaga...
- Ah ? C'est pas mal non plus. Elle est au sommet, dans son domaine, elle aussi, il me semble ..Joke !
- Je suis littéralement sidéré par votre sens de l'humour. Vous êtes vraiment impayable, mon cher Bernard...
- "Impayable" ? Je n'y avais pas songé...Comme c'est amusant ! Vous êtes bien le premier à me le dire...
- Revenons à la rentrée du mois de septembre, le tout-Paris dit également que vous préparez une suite à la "Barbarie". Pourriez-vous me confirmer ce scoop ? Voyez-vous, j'ai posé mes congés d'été et je suis payé à la pige...
- Je compatis. Bon, c'est d'accord...mais vous m'enverrez une carte postale de votre club hôtel à Djerba. C'est promis ? C'est pour la collection de ma bonne ivoirienne, Fatima, une sans-papiers rencontrée sur les marches de l'Eglise Saint Bernard et dont la détresse m'a profondément...ému (Euh, non rayez-ça tout de suite de vos notes ! ). Alors voilà, j'ai le titre, le reste n'est qu'une formalité. Je ferai comme Houellebecq, je piocherai dans Wikipedia. Au début j'avais choisi "le capitalisme à visage humain", mais c'était un peu redondant avec ma "Barbarie", puis la crise financière est passée par là et puis Jacques Attali a déjà pondu 30 bouquins sur le sujet, ce qui risquait de compromettre la viabilité commerciale du projet. J'ai donc opté pour "le Gargarisme à usage mondain". Avec une préface de Nadine de Rotschild et une distribution par Lider price. C'est mon coach marketing qui me l'a conseillé.
- Pardon ?
- Oui, n'avez-vous pas compris que j'inaugurais une nouvelle phase de mon existence ? Fini ces sermons ennuyeux à mourir, ces prédictions du futur immédiat nourries aux archives du "presque hier" et du "pas encore tout à fait maintenant"... Je suis las de courir d'un plateau télé à l'autre. Même si grâce à France 24 ma parole porte désormais sur tous les continents et n'échappe à aucun foyer doté de parabole satellite. J'ai décidé de me consacrer à la postérité de mon image, à rétablir la vérité sur moi et sur mon oeuvre pour les générations à venir.
- Euh...je parie que c'est une blague, mon cher Bernard !
- Oui ! Ca y est ! Vous y êtes ? Vous voyez cette interview n'aura pas été complètement inutile, même pour vous...
- Pour terminer, que répondez-vous aux critiques de la presse américaine, et aux médias proches des néo-conservateurs ?
- Je leur rappellerai, puisqu'ils feignent à dessein de l'avoir oublié, que j'ai intitulé l'un de mes ouvrages "Qui a tué Daniel Pearl ?", publié sous la présidence de Bush junior. Ai-je hésité un seul instant à enquêter sur le terrain, dans les bouges du Pakistan, inlassablement traqué par les tueurs enturbannés, aigris et vindicatifs de Bladen, pendant que ces peinent-à-jouir se faisaient fouetter et pisser dessus par la première Drag queen venue, dans un motel miteux sur la Road Sixty Six ? Je n'ai du mon salut qu'à mon art inégalable du travestissement et ma science éprouvée du calcul des probabilités, sans compter la protection que m'offre traditionnellement le solide rempart d'une armée de documentalistes renforcés par une poignée d'inconditionnels laudateurs en panne d'ordinateur.
- Et aux experts qui vous rétorquent que votre livre n'aboutit à aucune conclusion probante ?
- Je répondrai simplement à ces plumitifs stipendiés de la presse à scandale, à ces fouille-merde fascislamistes vautrés dans leurs préjugés pestilentiels, à ces pharisiens décatis de la bonne conscience universelle, que le rôle du philosophe est de donner des clefs, de poser les questions, pas d'y répondre, tandis que celui de l'Intellectuel est d'accompagner l'Humanité vers son accomplissement moral et spirituel !
- ...en remontant à contre-courant l'opinion commune jusqu'à la source, pour explorer les tréfonds de l'inconscient collectif et sans craindre d'enfoncer ainsi, à la chaîne, les portes ouvertes, quitte à s'infliger d'incurables blessures à son amour-propre, si j'osais compléter votre propos. Que pensez-vous de celle-là ?.......
- Sombre crétin !
- Et aurais-je l'outrecuidance de solliciter votre avis concernant l'élection présidentielle de 2012, vous qui avez décrit le PS comme un "grand cadavre à la renverse" ?
- Il ne fait pour moi aucun doute qu'à présent le meilleur candidat, celui qui incarne le mieux l'idée de Progrès, est l'actuel chef de l'état. Et ce n'est pas un trait d'humour...au cas où vous en douteriez !
- Chassez le naturel, il revient au galop...
- Au galop ou au "Gallup", comme la société de sondage... !
L'étonnante influence des penseurs à chemise ouverte sur la diplomatie française
On dirait que Berlin n'apprécie guère les lauriers que notre BHL national a dressé à Guido Westerwelle, ministre des Affaires étrangères, en le qualifiant de plus mauvais chef de la diplomatie allemande depuis 1945.
Moi ce qui me conduit davantage à m'interroger c'est moins son influence -mise en scène par l'intéressé sur les plateaux de télévision- mais plutôt d'où cette Cicciolina relookée façon Chateaubriand, ce Soljenitsyne contrarié, ce fils naturel improbable d'Albert Camus et de Régine, tire les ressources nécessaires au financement de ses incessants aller-retours entre la terrasse des 2 magots, à Saint-Germain-des-prés, et le patio ombragé du riad de quelque notable de Benghazi, loin du front.
Je ne peux m'empêcher, mauvais public que je suis, de repenser à la scène montrant BHL en train de témoigner à la face du monde du génocide des musulmans bosniaques, adossé à un muret au-dessus duquel sifflaient les balles des snipers serbes de Sarajevo. Scène rappelant le faux reportage en live de Bagdad de Gérard Lanvin et Gérard Jugnot dans le navet "Envoyés Très Spéciaux".
La rumeur prétendait jadis que notre vigie post-prométhéenne avait trouvé quelque chantier près d'Odéon pour tourner ces images en utilisant la bande-son de Fort Alamo.
Cela fait déjà un mois que je suis allé chercher quelques degrés supplémentaires, là-bas, à Dubrovnik, au doux soleil hivernal de la côte dalmate. L'antique Raguse m'a séduit par ses beaux toits en tuiles, son ciel d'azur immaculé, ses solides remparts en pierre taillée surplombant d'un côté, l'Adriatique, et adossés , de l'autre aux contreforts des alpes dinariques. Une Sérénissime en miniature, à l'ambiance italienne, qui présente un raffinement architectural appartenant davantage à l'espace méditerranéen qu'aux Balkans. Jamais occupée par les Ottomans, on n'y voit pas de mosquées ni de bazars, comme ailleurs, en Bosnie ou en Macédoine. Juste des églises et des chapelles. En hiver, l'astre-roi peine à frayer son chemin dans le dédale de ruelles étroites qui sillonnent la petite cité. La plupart des terrasses des cafés restent donc pour la plupart dans l'ombre, même en plein midi, et les autres sont squattées très tôt. Ce qui n'empêche pas la foule des promeneurs, qui se succèdent toute la journée dans d'interminables et répétitives "passegiata", de chausser des lunettes de soleil dès potron-minet, autrement dit pour moi, vers 10h du matin, lorsque les boutiques commencent à ouvrir. Lunettes de soleil et anoraks ou manteaux en fourrure. Voilà qui rappelle bien nos cousins transalpins... La gent locale pousse même la coquetterie jusqu'à diner à l'extérieur, le soir, quand bien même les températures restent fraîches. Je passerai rapidement sur le chapitre "gastronomie", qui reste, hélas, un concept incongru dès que l'on franchit les limites de l'ancien rideau de fer. Balkanique, la programmation musicale l'était également. Parler de musique me paraît d'ailleurs exagéré pour qualifier ce déversement insupportable de décibels s'échappant, dès la nuit tombée, par des amplificateurs géants sur le Stradun, l'artère principale.
Je conserve en revanche un souvenir ému de pérégrinations pédestres à travers la petite île -déserte et boisée- de Lopud, dans l'archipel des Elaphites, à moins d'une heure de bateau de Dubrovnik. Un bateau "dans son jus" yougoslave, hors d'âge, comme son ameublement en skai et formica, son bar vide de toutes victuailles et sa vieille télé diffusant des jeux populaires qui valent largement les nôtres. A l'arrivée dans le petit port, pas un chat. Les volets blancs des maisons en pierre étaient résolument clos. Seul un café était ouvert, sur toute l'île. Les orangers, en grand nombre, ont donc pourvu à notre nourriture. Les arbres croulaient sous les fruits, qui jonchaient le sol. Des oranges au parfum entêtant et à la chair juteuse. Une rapide ascension nous conduisit jusqu'au sommet de l'île et à une ancienne chapelle en ruines. Un panorama en bleu marine et vert, avec une côte sans végétation, aux reflets gris et ocres. Promenade au hasard, dans des champs, sans rencontrer la moindre âme qui vive. Nous retombons sur une route qui traverse l'île, dépassons le cimetière et redescendons jusqu'à une plage de sable -ce qui est plutôt rare dans le coin- enserrée dans une crique, sur le versant oriental de Lopud. Me croyant un bref instant dans les îles de l'Egée, je me suis rapidement dévêtu pour prendre mon premier bain de l'année, en ce premier janvier. Une immersion symbolique mais totale, jusqu'au cou, pour conjurer cette saison que je déteste et prier pour un retour rapide des beaux jours. Séché en quelques minutes par un soleil généreux, assis face au large, je me suis projeté dans quelques mois, en rêvant aux Cyclades.
Sarkozy et Obama, laborieuses rencontres
LEMONDE.FR | 10.01.11 | 19h35
Apaisées depuis la crise de 2003 sur l'Irak, les relations franco-américaines n'en sont pas pour autant au beau fixe. Depuis trois ans, Nicolas Sarkozy et Barack Obama ont du mal à établir une relation stable. Récit.
- Mai 2007-novembre 2008 : Sarkozy "l'Américain" réconcilie Paris et Washington
Nicolas Sarkozy a toujours revendiqué son amour pour les Etats-Unis et sa proximité avec certaines valeurs. Comme l'ont encore montré les câbles diplomatiques mis au jour par Wikileaks et révélés par Le Monde, le futur président se rendait régulièrement, avant 2007, à l'ambassade américaine, où il se targuait d'être qualifié de "Sarko l'Américain". Rien d'étonnant, donc, à ce que le nouveau chef de l'Etat français choisisse les Etats-Unis comme première destination de vacances. Séjournant à Wolfesboro, dans le New Hampshire, il se rend, à leur invitation, dans le ranch des Bush, et affiche l'amitié franco-américaine retrouvée.
Un an plus tard, l'administration Bush finissante n'en critiquera pas moins l'agitation tout azimut de Paris au moment de la crise géorgienne, accusant même Paris d'avoir "menti" en attribuant de faux propos à George W. Bush.
- Novembre 2008-avril 2009 : L'insaisissable "taulier de la planète"
"Si John McCain est élu, je pourrai continuer à exister, mais si c'est Barack Obama, ce sera plus dur, ce sera lui le taulier du monde". Cette phrase, attribuée à Nicolas Sarkozy par Frantz-Olivier Giesbert, résume l'état d'esprit de l'Elysée après l'élection du démocrate à la Maison-Blanche, en novembre 2008. La présidence française de l'UE est terminée et Nicolas Sarkozy, qui était parvenu à occuper l'espace international durant quelques mois, va devoir tempérer ses ambitions.
Mais le chef de l'Etat ne désespère pas pour autant. Et compte bien se faire un ami du nouveau président. Car Paris a déjà choisi son camp dans l'élection américaine et soutient - de manière presque trop voyante juge la presse américaine - Barack Obama. "C'est mon copain", assure même le chef de l'Etat à l'issue d'une rencontre, à l'été 2008.
Alors que "l'obamania" est à son plus haut, l'Elysée fait des pieds et des mains, durant des mois, pour organiser une rencontre entre le candidat élu et le chef de l'Etat français. Les services diplomatiques sont sur le pied de guerre et font le siège de la Maison-Blanche pour imposer un rendez-vous, sans succès. Mi-novembre, tout est tenté pour que les deux hommes se rencontrent en marge du sommet du G20, sans succès : Obama ne s'y rendra pas. Malgré l'activisme de Paris, Gordon Brown ou les premiers ministres australien et japonais seront reçus à la Maison-Blanche, mais pas le président français.
- Avril 2009 : une rencontre millimétrée
La rencontre tant attendue aura finalement lieu, en marge du sommet de l'Otan et du G20, en avril 2009. Barack Obama a réservé sa première visite européenne à Gordon Brown, un camouflet pour l'Elysée. Pire : mi-mars, Barack Obama a écrit une lettre... à Jacques Chirac, dans le cadre de sa fondation. Lorsque les deux hommes se croisent, pour la photo de famille du G20, Barack Obama ignore même son homologue.
Sur le fond, les points de désaccords sont nombreux entre les deux hommes, malgré le retour de la France dans le commandement de l'Otan. Mais dans la forme, après les tiraillements du G20, tout est fait - des deux côtés - pour afficher une amitié sans faille lors du passage de Barack Obama à Strasbourg. L'Elysée pousse le perfectionnisme très loin. Lorsqu'il rencontre Nicolas Sarkozy à Strasbourg, Barack Obama salue ainsi une foule essentiellement composée de militants UMP triés sur le volet. On met aussi en avant la complicité entre les deux premières dames, Carla Sarkozy et Michelle Obama.
- Juin 2009 : Obama débarque
C'est un passage éclair. Pour les 60 ans de la Libération, Barack Obama effectue un court séjour en France. Il y visite le cimetière américain de Colleville-sur-Mer et assiste aux cérémonies organisées à cette occasion. La venue du président américain, arrachée, selon certaines sources, par le services diplomatiques de l'Elysée, provoque une pagaille diplomatique : Paris a oublié d'inviter la reine d'Angleterre, chef d'Etat en titre, et doit faire face à un afflux de demandes d'invitation une fois connue celle d'Obama.
En pleines élections européennes, Nicolas Sarkozy aurait pourtant souhaité apparaître seul aux côtés du président américain. La cérémonie lui permet cependant d'obtenir les images tant désirées.
Mais Barack Obama assure un service minimum : s'il passe le weekend à Paris, il le fait de manière privée, avec ses deux filles. Seule son épouse sera reçue officiellement à l'Elysée pour un entretien avec Carla Sarkozy.
- Septembre 2009 : Sarkozy en Amérique
Cette fois, le président français s'envole pour l'Amérique. Nicolas Sarkozy est attendu à Pittsburgh pour un somment du G20 crucial, en pleine crise financière. Le chef d'Etat français tente d'amener l'idée d'une régulation financière mondiale, sans grand succès. Le chef de l'Etat ne sera pas reçu à la Maison-Blanche, mais tiendra un discours commun avec Barack Obama et Gordon Brown sur la question du nucléaire iranien. Quant à sa relation avec le président américain, elle intrigue la presse américaine.
- Mars 2010 : A la Maison-Blanche
Cette fois, c'est la bonne. Une semaine après la défaite de l'UMP aux régionales, Nicolas Sarkozy s'envole pour Washington, où il sera reçu à la Maison-Blanche pour un dîner avec son épouse, en tête-à-tête avec le couple présidentiel américain. "Une première, un témoignage d'amitié particulier", assure l'Elysée. Ce qui n'est pas tout à fait vrai : le couple Obama a déjà reçu à dîner plusieurs personnalités, dont le dalaï-lama ou l'acteur Brad Pitt. L'événement, ni filmé ni photographié, passe pourtant largement inaperçu dans la presse américaine.
(fin de citation)
"Je t'aime, moi non plus", c'est un peu ainsi que l'on percevait cette relation aussi contrariée qu'asymétrique, de loin. Mais pouvait-il vraiment en aller autrement ? Comme le rappelle feu notre "journal de référence" , notre Prince n'a eu de cesse de courtiser une administration Bush, alors haïe de la plus grande partie de la planète et d'une majorité d'Américains, pour être intronisé dans le petit cercle des Grands de ce monde, dès que notre bon peuple de France lui a donné son ticket pour quitter la cour de récréation dominée par les caïds grisonnants du gang des chiraquiens.
Mais ce qui a fonctionné jadis à Neuilly, en fréquentant assidument le Gotha local, n'est pas forcément opérant sur la scène internationale. L'intéressé a pu rapidement rencontrer -mais sans en tenir compte- les limites d'une approche purement mondaine des relations diplomatiques. Celles-ci ne sont pas régies par les rapports d'estime ni encore moins de familiarité personnelle entre les chefs d'état et de gouvernement.
Que notre Number One se félicite d'avoir le numéro direct de Poutine dans le répertoire de son téléphone portable n'a pas empêché le nouveau Tsar de toutes les Russies de reconquérir par les armes une partie de son empire perdu dans le Caucase lors de la crise d'août 2008. Tutoyer Angela Merkel ne lui a pas davantage permis de rétablir la balance des échanges commerciaux bilatéraux en notre faveur. Clamer sur tous les clochers de France et de Navarre, qu'Obama était un ami intime, n'a permis à notre pays de rattraper son passé de puissance mondiale pour instaurer un condominium franco-américain sur les affaires de la planète. Il fallait être bien naïf ou bien orgueilleux pour le croire. Voire sans aucun scrupule, pour tenter d'en accréditer la thèse. Les électeurs américains en ont décidé autrement : Froggycrator ne sera pas le nouveau John Fitzgerald Kennedy, quand bien même eût-il convaincu sa nouvelle First Lady d'adopter dans toutes leurs visites officielles le style de Jacky.
Au contraire, bien au contraire, celui qui s'est auto-décerné le titre mi-pompeux, mi-pathétique de Chef de l'état le plus "américain" de l'histoire de la cinquième république tout en avouant lui-même ne connaître la culture américaine qu'à travers les westerns de John Ford ou les reprises en français de tubes d'Elvis Presley par des sosies hexagonaux plus ou moins convaincants, paraît avoir témoigné d'une ignorance crasse des fondamentaux comportementaux de la culture anglo-saxonne dans la vie publique. Ces derniers sont situés aux antipodes de son propre style : la retenue, la modestie, la réserve, la tempérance, la constance. Sans compter la profonde méfiance que suscite Outre-atlantique la propension de nos dirigeants à se poser en porte-paroles paternalistes de l'humanité toute-entière et leur tendance profondément irritante à revendiquer un magistère moral sur celle-ci, au nom d'un l'héritage des "Lumières" si mal partagé entre les peuples et tant malmené sur notre propre territoire.
Je doute pour ma part que Washington soit dupe de la vocation purement intérieure de cette mise en scène permanente destinée à maintenir le peuple souverain dans l'illusion que le destin de notre nation se joue à Paris, plus qu'à Bruxelles, Washington, Moscou, Pékin, ou plutôt d'ailleurs, comme la crise financière nous en a bien tardivement fait prendre conscience, sur les marchés boursiers et dans le secret des conseils d'administration des multinationales et de fonds d'investissement aussi prédateurs que nomades.
L'on a dit Obama passablement agacé, en privé, par l'agitation de notre Prince -pudiquement rebaptisée "volontarisme" dans les communiqués de presse de la cour élyséenne, et par ses tentatives acharnées visant à l'utiliser comme faire-valoir. Lui, qui était encore encensé par la critique comme le leader le plus charismatique de l'Occident avant qu'il ne subisse un sérieux revers aux élections de mi-mandat. Obama désormais condamné à l'impuissance, voilà qui devrait réjouir notre Iznogood national, solidement accroché à son trône de Calife, au point de ne plus cacher son désir d'être reconduit pour cinq ans en 2012. De là à lui prêter l'inavouable espoir qu'Obama soit battu la même année par Sarah Palin ou par l'un de ses clones de la droite ultra-conservatrice, afin d'accéder ainsi plus facilement à la première marche du podium des célébrités mondiales, il n'y a qu'un pas que ses pourfendeurs les plus résolus ou ses observateurs les plus perspicaces -c'est selon- s'empresseront de franchir.
L'année 2010 aura été particulièrement riches en escapades, du simple week end à la semaine : Nice, Lisbonne, Rhodes et ses îles voisines, Lisbonne, Nice, Bruxelles, Lisbonne, Prague (Novembre), Bruxelles et Bruges pour Noël, puis pour finir, Dubrovnik, pour le réveillon de la Saint Sylvestre. Une façon très agréable et privilégiée de compenser les frustrations accumulées sur le plan professionnel, mais aussi de constituer un solide capital "souvenirs" face aux incertitudes que nous réservent l'avenir.
Mes derniers souvenirs de Prague remontaient à décembre 1993, peu après la partition pacifique d'avec la Slovaquie. Ils étaient devenus flous au fil du temps. Ne restaient dans mon esprit que quelques impressions, visuelles, sonores, climatiques. Partis à trois, avec deux amis de la faculté, nous avions effectué le trajet par la route, depuis Nice. Un voyage inconfortable, interminable, qui s'était déroulé en grande partie de nuit, à bord d'un Trafic Renault (six passagers + deux conducteurs tchèques qui se relayaient régulièrement). Un voyage au cours duquel je n'avais quasiment pas dormi et qui était ponctué par de fréquents arrêts dans des stations-service, pour refaire le plein.
C'est ainsi que s'étaient égrainés les pays traversés : Italie, Autriche, Allemagne puis République Tchèque. Moment de frayeur lorsque j'étais brièvement sorti de mon inconfortable somnolence pour découvrir que nous roulions à plus de 150 km/h, sous une averse de neige, quelque part au niveau du fameux col du Brenner... Arrivée matinale dans la campagne, à un poste-frontière, où l'un de mes deux amis ayant ri à la manière dont le douanier tchèque avait écorché son nom, en lisant le passeport, que j'avais craint de ne jamais arriver un jour à en terre promise.
Souvenir de l'hôtel Hybernska, dans la rue du même nom, à proximité immédiate du centre de la vieille ville (Stare Mesto), où la chambre était surchauffée, où les femmes de ménage nous piquaient régulièrement l'ascenseur, où nous buvions un café dégueulasse dans la salle du restaurant, immense et quasi-vide, tous les matins. Souvenir de l'écho de nos pas, alors que nous avions déambulé de nuit, à travers les cours désertes du château, dans une pénombre que dissipait avec peine la faible lumière orangée se dégageant des vieux réverbères. Souvenir d'un concert de musique classique, littéralement transis par le froid sépulcral d'une église baroque et dont nous avions salué l'issue par des applaudissements d'autant plus nourris que c'était le seul moyen de réchauffer nos mains glacées.
Rien de tout cela cette fois-ci puisqu'après un vol d'un peu plus d'une heure, de 45 mn de bus et de 2mn de métro, nous sommes arrivés à Mala Strana, où nous avions décidé d'établir nos quartiers, dans une ancienne maison de maître du 18ème, juste à côté de l'immeuble du Sénat, en contrebas du Château. Nous fûmes en effet accueillis par un soleil quasi-printanier et un beau ciel bleu, ce qui nous permit d'entreprendre l'ascension de la rue Nerudova après nous être délestés de nos bagages et avoir pris possession de la chambre, meublée à l'ancienne, vaste et confortable, malgré la taille ridicule de son écran plat.
Déjeuner tardif en terrasse extérieure avec vue imprenable sur les toits de Prague, puis (re-) découverte frénétique des hauts lieux qui m'avaient subjugué jadis : l'ensemble de cours entourant la cathédrale saint-guy (la ruelle de l'or et ses maisons naines étaient malheureusement inaccessible pour cause de travaux de restauration), la fabuleuse église de Notre-Dame de Lorette, joyau de l'art baroque habsbourgeois, et l'abbaye de Strahov célèbre pour ses deux magnifiques bibliothèques : la salle de la Théologie et celle de la Philosophie.
Déception toutefois car elles étaient toutes deux interdites à la visite, bien que l'entrée des lieux fut restée payante. L'une d'entre elles était même presque entièrement recouverte de bâches en plastique. L'autre, n'était visible que depuis l'entrée.
La suite du séjour s'est déroulée sous les nuages gorgés d'humidité, mais la beauté des vieux quartiers, véritable musée à ciel ouvert d'architecture art-nouveau, est demeurée intacte. Prague, c'est d'abord et avant tout le paisible fleuve Vlatva (la "Moldau", en allemand) qui s'écoule nonchalamment entre les deux rives que relie le célèbre pont saint Charles, avec ses statues en pierre sombre.
C'est aussi ses innombrables immeubles aux façades début de siècle tous construits sur une période de trente ans, avec des balcons ouvragés, des fresques, des statues célébrant la renaissance slave et la fin programmée de l'empire austro-hongrois. C'est l'ancien ghetto juif, à Josefov, avec sa somptueuse synagogue espagnole, son amusant clocher municipal au sommet duquel trône une étoile de David, son minuscule et émouvant cimetière adossé au plus ancien lieu de culte hébraïque d'Europe centrale : un amoncellement de stèles tombales.
Prague est aussi la ville de la musique classique, des opéras et des concerts. La représentation de Don Giovanni au Théâtre des Etats, où il fut donné pour la première fois (1787 ?) nous a ravi tout comme un concert de morceaux choisis de Beethoven et Mozart par un orchestre de chambre, dans la salle Smetlana de la Maison municipale.
En revanche, nous aurions pu largement faire l'impasse sur celui de Gershwin dans la synagogue espagnole, dont l'acoustique est fort mauvaise, malgré son décor oriental exubérant, tout en dorures. Prague, enfin, c'est tout simplement le bonheur de s'asseoir dans l'un de ses nombreux cafés aux styles différents.
Une mention spéciale, pour ma part, à celui (art-nouveau) de la Maison municipale et au Slavia (années 70), fréquenté par les dissidents sous le communisme. C'est de se laisser guider au hasard des rues, en s'émerveillant, à chaque mètre parcouru, devant tant de splendeur.
Seule ombre au tableau, la fréquentation touristique ainsi que la restauration sans imagination et dont les tarifs sont comparables à ceux de Paris, bien que l'accueil et le service se soient nettement améliorés depuis 10 ans. Pour le reste, c'est un plaisir que l'on aurait tort de se refuser. Les packages vol+hôtel proposés par les sites de réservation en ligne sont les plus intéressants, à condition de s'y prendre à l'avance et de s'y rendre hors saison.
On trouve de tout au marché dominical des bouquinistes du parc Georges Brassens. Même le plus insolite, comme ce roman écrit par un certain Pierre Kast publié en 1975 dans la collection "J'ai Lu". Le titre "Les Vampires de l'Alfama", ne pouvait qu'accrocher mon regard, titiller ma curiosité et provoquer aussitôt un certain amusement qui emporta ma décision de l'acquérir, malgré l'illustration kitschissime de sa couverture. Réalisée par une... Hongroise répondant au doux nom de Gyula Konkoly. Sa lecture, achevée il y a quelques heures, dans l'après-midi, n'aura eu pour seul mérite que de me replonger dans les souvenirs récents de mon dernier séjour à Lisbonne, à la mi-septembre.
L'action se déroule au 18ème siècle, quelques années après le tremblement de terre. L'Alfama est un repère de voleurs, de criminels et de proscrits en tous genres : hérétiques, juifs, prostituées, franc-maçons, agitateurs politiques. La police du roi n'y pénètre plus depuis bien longtemps. C'est un lieu idéal de refuge pour une nouvelle secte qui n'aime pas trop la publicité ni la lumière du jour...;-) Du fin fond de son exil bohémien, le comte Kotor, vampire transylvain féru d'alchimie et de sciences occultes mais néanmoins humaniste, contacte par télépathie Clara, une magicienne alfamète qui l'accueille à bras ouverts, lui, sa petite famille et leurs serviteurs. La secte prospère rapidement comme une sorte de fraternité. Son succès rapide causera aussi sa perte.
Sur fonds d'intrigues politiques et de rivalités amoureuses, le dauphin Manuel, sodomite bisexuel est assassiné dans un simulacre de messe noire tandis que des spadassins s'introduisent pendant la nuit dans l'Alfama pour commettre des crimes que le chef de la police, propageant la rumeur, fait imputer aux vampires. Désignés à l'opprobre générale, ils sont pourchassés par la population elle-même qui assiste la police C'est le prétexte d'un assaut armé sur le quartier. Une Saint Barthélémy dans laquelle sont massacrés pêle-mêle tous les réprouvés, dont la majeure partie des vampires et de leurs disciples. Lorsque les habitants de l'Alfama réalisent qu'il s'agit d'un coup monté, il est déjà trop tard. La boucherie est accomplie.
Kotor parvient à s'enfuir avec la complicité du chef des maçons de Lisbonne. Il s' embarque clandestinement avec sa maitresse- Clara, la magicienne- et quelques fidèles à destination du Brésil, où la secte se dissimulera sous le masque du condomblé, religion traditionnelle africaine importée au Nouveau Monde par les esclaves noirs. Son fils et la nièce du cardinal, tels des Tristan et Yseult suceurs de sang, auront moins de chance. Après avoir trouvé brièvement refuge sur l'autre rive du Tage, dans la forêt de la Serra d'Arrabida, ils seront découverts et n'échapperont pas à leur destin tragique. Quant au cardinal, il est rejoint par son amante vampire, la fille de Kotor, rescapée du massacre, et devient un adepte.
Quelques siècles plus tard, un diplomate français en poste à Rio et passionné par les cultes animistes retrouve la trace de Kotor au fin fond d'une favela. Et si le récit s'achève là, on devine sans difficulté qu'il en sera lui aussi...
Tout ceci est naturellement ridicule, mais l'évocation de lieux qui me sont désormais familiers, bien plus que l'intrigue ou le style de l'auteur, a su me tenir en haleine jusqu'au bout de ce roman d'abribus. Les seuls noms de Caiscais, Sintra, Graça, du Bairo Alto, de l'Alfama, du quartier Sao Miguel, de la Serra d'Arrabida et du Cap Espichel, avec son ambiance du bout du monde -m'ont fait replonger en pensée dans mon dernier séjour sur place, au mois de septembre dernier. J'ai également découvert le monastère cistercien d'Alcobaça, au nord de la capitale et les immenses plages de sable de la Costa Caparica, bercées par l'Atlantique, à quelques km seulement de Lisbonne.
C'est au km 17 qu'est située la plage naturiste et -accessoirement mais pas uniquement homo-. J'ai été surpris de voir autant de Portugais, de tous âges, s'adonner au naturisme. Les Grecs ont encore bien du chemin à faire... car là-bas, se balader en tenue d'Adam est plutôt l'apanage des touristes étrangers. Comme s'il était plus facile de s'affranchir des interdits de la culture catholique que de s'émanciper de la pudibonderie orthodoxe.
J'ai en revanche été moins étonné des aller et venues de mecs seuls et visiblement à la recherche de plaisirs partagés, sur la crête des dunes. Amusant rituel transactionnel du marcheur nomade qui s'arrête devant un bronzeur posté à l'affût, bien en évidence, en se malaxant la bite dans son slip de bain afin de lui présenter un membre au sommet de sa vigueur. La scène, observée du rivage, a bien duré un bon quart d'heure. Mais notre besogneux portugais poilu et grassouillet a eu beau tourner et retourner autour de son blond, triturer son appendice, fixer sa proie avec insistance, celle-ci, qui sembla un moment intéressé et prête à conclure l'affaire plus loin à l'abri des regards, s'est finalement rassise nonchalamment, signe ostensible de son manque d'intérêt. A-t-'elle changé d'avis quelques heures plus tard et faute de mieux ? Eux seuls le savent.
Hmmmmmm que ces vacances sous le soleil -capricieux- du Dodécanèse furent bonnes. Rien de tel que le bruit sourd des machines d'un vieux navire poussif et le spectacle du sillon qu'il trace non moins résolument dans l'écume pour retrouver la forme ! Le soleil au zénith, toujours aussi aveuglant, les muscles endoloris par les inconfortables bancs en plastic et le vent qui dissipe au-dessus des têtes la fumée du fioul, tout ceci me manquait depuis notre dernier voyage l'année dernière, sous les mêmes latitudes. Ce sentiment de liberté indicible, que j'aspirais tant à retrouver, est aussi enivrant à chaque fois.
Contrairement à l'année dernière, où nous avions pris un vol direct pour Kos -désormais supprimé- nous avons atterri à Rhodes et trouvé un bus qui nous conduisait aux abords immédiats de la vieille ville où nous avions réservé notre pension. Mais à peine passées les murailles de la forteresse médiévale, l'excitation de l'arrivée fit rapidement place à l'exaspération suscitée par les hèles incessants des rabatteurs de restaurant qui passent leur temps à alpaguer les touristes pour les plumer. Nous n'y avons naturellement pas échappé, lors de notre séjour sur l'île d'Apollon.
Les grandes artères du vieux Rhodes, enserré entre les solides murailles édifiées par l'Ordre des Chevaliers de Saint-Jean après leur repli de Terre Sainte, sont une succession ininterrompue de magasins de souvenirs touristiques où dominent les contrefaçons des grandes marques de la mode internationale, vraisemblablement importées de Turquie et d'immondes bibelots fabriqués à la chaîne dans les usines chinoises. La panoplie du parfait consommateur inclurait ainsi une fausse valise burberry, de fausses ray ban (sans protection contre les U.V.), une mauvaise reproduction d'antiquité grecque et une pseudo icône. Comme partout, on trouve des fringues de sport. J'ai d'ailleurs acheté une veste de l'équipe grecque de football qui m'aurait sûrement coûté le double à Paris. Ce sera la seule concession que je ferai à la grand-messe du Mundial 2010.
La vieille ville est beaucoup plus agréable en fin de soirée, une fois que la grande majorité des échoppes ont replié leur rideau en fer et scellé jusqu'au petit matin ces amoncellements d'horreurs. En se perdant dans le labyrinthe des petites ruelles, pavées de galets, on trouve encore, même en plein jour, bien de jolies choses pour s'émerveiller. L'heureux mélange d'architecture franque, byzantine et ottomane (500 ans d'occupation par la Sublime Porte ont laissé de nombreuses traces) fait de l'endroit un site assez exceptionnel, en faisant abstraction des inconvénients mentionnés.
Le second haut lieu du tourisme sur l'île est la petite chora (ville haute) de Lindos, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Rhodes, sur la côte orientale. Elle est dominée par une acropole dorienne avec une belle vue sur la mer. Les ruines ne présentent pas un grand intérêt en elles-mêmes car ce sont des reconstitutions -minimalistes-. Rien à voir avec le Temple de Poséidon au Cap Sounion ou encore le site de Delphes, bien mieux conservés. Hélas, la pression touristique à Lindos est une véritable épreuve. Des cars entiers déversent leurs flots ininterrompus de visiteurs, dans la journée, et il faut se frayer un chemin en jouant des coudes, pour gravir les marches jusqu'au sommet. Nous avons trouvé néanmoins un petit havre de paix, pour quelques instants, dans un café très design, à la jolie terrasse ombragée.
Le tour de l'île le long des côtes ne représente pas un grand intérêt. De longues plages de sable, battues par les vents, où l'on ne peut pas se baigner sans risque. Seul l'ancienne forteresse franque -en ruines- de Monolithos offre un intérêt, là aussi pour le panorama dont on jouit au sommet, où a été construire une petite chapelle blanche, flanquée, comme il se doit, du drapeau national grec.
Les cinq jours suivants furent consacrés à la petite île volcanique de Nisyros, où j'avais déjà passé deux jours l'année dernière. Au mois de mai, les teutons débarqués pour quelques heures depuis Kos, haut lieu de l'industrie du tourisme, se font plus rares. Les nuits sont plus fraiches aussi, ainsi que la température de l'eau. Nisyros reste un bon lieu de villégiature pour ceux qui apprécient le calme et la nature. Bien qu'elle soit dépourvue de belles plages de sable fin, comme de nombreuses îles de l'archipel, on peut néanmoins se bronzer à Pachia Ammos, deux plages jumelles de sable noir volcanique où l'eau est transparente. J'ai ai rapidement repris mes habitudes, sur la seconde, accessible, depuis la première, par un petit sentier qui longe la falaise érodée du volcan.
Elle est généralement déserte et longue d'environ 200 mètres, bordée de dunes, au-delà desquelles se trouve une petite prairie enserrée entre deux flancs de la montagne. Curiosité, son extrémité est toujours squattée par un campeur naturiste, qui change d'une année sur l'autre. Cette année je l'ai rejointe depuis l'intérieur des terres, après une marche relativement éprouvante depuis les abords de la chapelle de Kyra, située en contrebas de la route qui mène au village d'altitude de Nikia. Il est toutefois plus aisé de la gagner en scooter en empruntant la route goudronnée qui longe la mer, en quittant Mandraki puis en passant par Loutra et le petit port de Pali.
Ce second séjour sur place m'aura permis de profiter pleinement de l'île, de retrouver des endroits sympas comme les villages de Nikia, avec ses maisons aux façades colorées, et d'Emborio, hameau à moitié en ruine mais qui commence à se reconstruire. Ils sont l'un comme l'autre situés en altitude, à environ 500m. D'un côté, ils donnent sur l'intérieur de l'ile, en forme de cratère, et de l'autre sur la mer.
C'est à Emborio que se trouve de loin le meilleur restaurant de l'île : To Valconi tou Emboriou (Le balcon d'Emborio). Ses propriétaires, Dimitris et son épouse, sont qui plus est charmants. Nous y avons établi notre cantine, malgré la dizaine de km à parcourir depuis le port-capitale de l'île, Mandraki, où le logeais. La vue depuis la terrasse, sur le volcan, est à couper le souffle. On y entend le vent, les bruits des chèvres, des oiseaux qui résonnent dans cette gigantesque cuvette à plusieurs centaines de mètres de distance et d'altitude. Cela vaut également le coup de monter jusqu'à la chapelle de l'archange (To ekklisiaki tou Taxarchiou) d'où la vue est extraordinaire.
Cette fois-ci, j'ai fini par trouver enfin le "sauna naturel" dont parlent les guides. Il s'agit d'une minuscule cavité dans la roche et qui se trouve au bord de la route, sur la gauche, à une vingtaine de mètres de l'entrée du village d'Emborio, avant le dernier virage. Elle est chauffée par la géothermie volcanique. Ce qui laisse à penser que ce système, par le jeu des canalisations, puisse servir à chauffer les habitations. L'homme a su ici habilement tirer parti au cours des siècles de la nature environnante. Le sol est fertile. La terre est retenue par les nombreuses terrasses en pierre. J'ai pu apercevoir plusieurs vieilles citernes en pierre enterrées dans les champs. L'ile produit du miel, de la délicieuse viande de porc, et un sirop à base d'amandes, comparable au sirop d'orgeat, appelé la "soumada". Mélangée à de l'eau glacée, elle est très désaltérante.
Le petit port de Mandraki, ses maisons blanches aux balcons en bois colorés, sa jetée, ses petites places est également très agréable. Nous y avons découvert un nouveau café dans un ancien entrepôt en pierres, face à la mer, très sympa, ainsi qu'un cybercafé. Il y a bien quelques magasins de souvenirs, à l'entrée du village, mais après 100 mètres, c'est l'image d'une Grèce authentique et traditionnelle qui s'offre au visiteur. Mandraki est dominé par le monastère de la Panaghia Spiliani, la vierge de la grotte, ainsi que, plus haut, par les remparts d'une forteresse construite en 500 avant JC, et qui sont faits d'immenses blocs de lave taillée étonnament ajustés.
S'agissant de l'hôtellerie, il existe à Mandraki un large choix de petits hôtels, notamment sur la gauche du port, avant l'entrée du village, sans cachet, mais aux tarifs battant toute concurrence. Je n'ai payé que 25 euros la chambre plus 5 euros pour le petit-déjeuner buffet. Exactement le même prix que l'année dernière, au mois de juin. Il est facile de négocier quand l'on reste plusieurs nuits, les touristes ne passant qu'en moyenne que deux à trois jours sur place. Sauf les visiteurs venus en excursion depuis l'ile voisine de Kos qui eux, n'y font qu'un passage express de deux-trois heures. Nisyros n'est pas très bien desservie par les liaisons maritimes, hormis depuis Kos.
En moyenne et haute saison, d'avril à septembre, il existe deux/trois liaisons hebdomadaires avec les autres îles de l'archipel. Nous y sommes arrivés avec le Proteus, de la compagnie ANES, depuis Rhodes (6 heures) et repartis via Kos, avec l'énorme ferry ultramoderne, le Blue Star 1 qui, avec ses jumeaux, le Blue Star 2 et le Diagoras (plus ancien) ont l'avantage d'être assez rapides et moins coûteux que les catamarans des Dodekanissos Seaways (Dodekanissos Express -plusieurs iles entre Kos et Rhodes- et le Dodekanissos Pride, plusieurs iles entre Patmos et Kos, au nord de l'archipel).
Enfin, j'ai découvert à l'occasion d'une excursion de quelques heures, le magnifique village portuaire de Symi, en prenant un bateau rapide, la veille du retour à Paris. Histoire de conclure en beauté ce séjour. C'est sûrement l'un des ports les plus pittoresques de la mer Egée, avec ses maisons néo-classiques aux façades pastel qui s'échelonnent en gradins sur les collines pelées de cette petite île située à quelques encablures seulement des côtes turques et à environ une heure de Rhodes. Symi est davantage une destination de plaisanciers aisés que de routards.
Comme à Astypalaia, l'année dernière, j'ai failli me faire plumer de quelques euros par une vieille, assise en embuscade sur les marches de la chora et qui voulait me vendre quelques grammes d'herbes aromatiques. Le prix ayant triplé en quelques secondes, je me suis ravisé non sans me faire pourrir par ladite vieille qui n'avait pas dû avoir atteint son quota de pigeons. Il faut dire que le bonnet en laine dont j'avais fait ainsi fait l'acquisition dans un grand élan de coeur, n'est jamais sorti du fin fond des tiroirs où l'heureux récipiendaire de ce cadeau "équitable" l'avait rangé sitôt rentré dans ses foyers.
Je reviens, comme souvent, étranger dans mon propre pays. Ce sentiment se manifeste dès que j'allume mon poste de télévision pour retrouver la même ambiance délétère dans laquelle nous baignent continuellement les médias. Les vacances n'auront-elles pas été assez longues ou bien serait-ce à nouveau le besoin d'expatriation qui se manifeste ? A voir...
Cette petite cellule, dans l'ancienne commanderie de l'Ordre du Christ à Tomar, à 80 km au nord de Lisbonne, m'a tout de suite plu, avec son banc en pierre invitant à la lecture et à la méditation. Elle donne sur l'une des principales curiosité du lieu : un étrange bas-relief en granit couvert de mousse, qui orne le dos de l'église. Avec une tête anonyme coiffée d'un tricorne, des cordes tressées formant des entrelacs, des coquillages et une ancre, le tout dominé par la croix carrée de l'ordre, ce bas-relief est là pour rappeler que les navigateurs portugais ont porté la croix de l'Ordre, successeur de celui du Temple, jusqu'aux continents les plus lointains, par-delà les mers et les océans. Elle ornait en effet les voiles de leurs fières caravelles, comme dirait Hérédia dans les "conquistadors". La voute surplombant le choeur de la chapelle, dont les flèches et le tympan sont enrichis de fioritures manuélines, repose sur huit colonnes centrales. Le plan serait inspiré de celui du Temple édifié par le roi Salomon, à Jérusalem. L'ensemble est vaste, très vaste, avec des dizaines et des dizaines de salles, des couloirs en enfilade, des murs partiellement couverts d'azulejos et en meilleur état de conservation que bien de nos abbayes, vendues comme biens nationaux à la révolution. La République portugaise, beaucoup plus tardive que la nôtre (1910) fut aussi moins cruelle avec le patrimoine ecclésiastique. Le monastère de Tomar domine une petite ville sans grand intérêt hormis une place dallée comme un gigantesque échiquier, entre d'un côté la mairie et de l'autre l'église. De part et d'autre de cette place se répartissent de petites maisons aux façades pittoresques. Il nous aura fallu quatre heures de train aller-retour pour faire le trajet depuis Lisbonne. Un voyage interminable dont la longueur nous a surpris mais avec une fort jolie récompense à la clef. Malgré le temps pluvieux, ce nouveau court séjour à Lisbonne fut très agréable et ponctué de longues ballades à pied et de nombreuses visites de musée. Je me suis ainsi aperçu, en me rendant au musée des Azulejos, adossé à l'église baroque de la Madre de Deus, que j'y avais déjà été en 1989, lors de mon premier séjour à Lisbonne. Ce débordement de boiseries dorée et de faience bleue sans le moindre espace vide sur les murs a pourtant de quoi donner le tournis aux âmes sensibles. Comment ai-je pu donc l'oublier ?
Belle expo d'une dizaine d'oeuvres récentes du photographe Gérard Rancinan, vue dimanche dernier au Palais deTokyo (métro Iéna). Elle est prolongée jusqu'au 6 décembre, je crois. "Les Métamorphoses" de Rancinan revisitent les tableaux des grands maîtres pour en faire les vecteurs de problématiques contemporaines, dans la lignée de David Lachapelle dont il égale largement le talent comme en témoignent à mon sens les oeuvres exposées. Parmi elles, le tableau des Ménines, de Diego Velazquez (1656), auquel Picasso avait rendu lui aussi hommage en nous en livrant sa vision cubiste. Le Jardin des Délires, clin d'oeil au Jardin des Délices de Jérôme Bosch. Le Grand Souper, dans lequel Léonard de Vinci aurait du mal à reconnaître sa Scène. Et la Finale, ma préférée (cf ci-contre, en bas à droite, car j'ai toujours eu un faible pour les interprétations du thème de l'Apocalypse et du Jugement Dernier.
C'est beau, n'est-ce pas ? Il nous tendait les bras ce café, juste en face de la fontaine, avec sa terrasse presque vide et ses volumineux réchauds à gaz. La fontaine s'éclaira lentement à mesure que la nuit tombait, en cette fin d'après-midi. Neptune ou Triton (?) et ses compagnons de marbre prirent des tons plus chauds et l'eau du bassin un vert quasi tropical. Tandis que le ciel virait au bleu marine, au dessus de l'église baroque, et que... crépitaient, sans discontinuer les flashes des touristes. Idem à la fontaine de Trévi, assaillie jour et nuit par des admirateurs aussi béats qu'encombrants. L'extase est le fil conducteur de ces hauts lieux touristiques de la Ville éternelle : Villa Borghese, Chapelle Sixtine et naturellement la tombe de Jean-Paul deux, avec ses dévots en prière, à genoux. Je n'ai pas eu la Révélation à Rome. Mais comme chantait Joséphine, j'ai déjà deux amours et Rome n'en fait pas partie.
est une chose bien laide qui s'élève à plus de 50 mètres au dessus du Tage, en face du monastère des Hiéronymites, à Belem. Edifiée en 1960 pour le 500ème anniversaire de la mort du roi Henri le Navigateur, cette construction commémorative sera suivie quelques années plus tard (1966) par celle du pont "Salazar" (en arrière-plan) reliant les deux rives du fleuve et inspiré du Golden Gate de San Francisco. Après la chute du régime de l'ex-dictateur, le pont fut rebaptisé "pont du 25 avril", en hommage à la révolution des oeillets qui ouvrit à la voie à l'instauration de la démocratie puis à l'adhésion du Portugal à l'Europe communautaire, le 01/01/1986, en même temps que l'Espagne sortie, elle, du franquisme.
Lisbonne, c'est aussi des raccourcis surprenants qui s'offrent au regard du visiteur pour peu qu'il lève un peu les yeux. C'est après avoir quitté le musée des arts orientaux, sur les docks dont une partie des hangars ont été réaménagés en restaurants et boites de nuits, et en parcourant les quelques centaines de mètres qui nous séparaient du plus proche arrêt de tramway, que mon regard a été accroché par ces deux clochers d'église dépassant d'une courte tête l'un de ces immeubles massifs de bureaux à la façade en verre de miroir qui ont fait la gloire des années 1970 et continuent encore aujourd'hui à défigurer nos villes. Heureusement, j'ai pu voir dans les vieux quartiers que les façades étaient protégées par le code de l'urbanisme. Une façon intelligente de préserver l'âme et le charme d'une ville tout en répondant aux nécessités d'une modernisation de l'habitat. De nombreux immeubles menacent en effet ruine par manque d'entretien. En revanche, ces réhabilitations se traduiront vraisemblablement comme partout par une hausse du prix du mètre carré et un changement conséquent de la sociologie de ces quartiers populaires. Le Bairo alto, avec ses nombreux bars, restaurants, hôtels et boutiques semble ainsi en pleine mutation. Il semble qu'il ne sera bientôt plus peuplé que par les touristes. Je ne crois pas me tromper en prédisant que l'Alfama lui emboitera tôt ou tard le pas.
Il n'y a de si bonne compagnie qui ne se sépare ou ne se quitte
C'est aussi vrai pour Lisbonne, ses pavés, ses belvédères à la vue plongeant sur les toits en tuiles de l'Alfama et du Bairo Alto, et tout au loin les flots assoupis du Tage dans la chaleur écrasante de cette fin d été.
Avant que ne se lève, sur le coup de 19 heures, avec une précision d'horloge une brise fraiche et vivifiante.
Les deux premières illustrations sont des compositions d'Anne-Catherine Becker-Echivard, grande consommatrice de têtes de sardines.
Quant à la photo, je l'ai prise samedi soir, sur le coup de 19 heures, depuis le belvédère de Santa Luzia, dans l'Alfama.
Extrait d'une interview de Christian E. dans l'édition en ligne du Figaro de ce jour.
Question : comment définiriez-vous le sarkozysme ?
Réponse : c'est tout d'abord un volontarisme politique qui s'applique avec pragmatisme. C'est une éthique ; l'idée que la parole donnée au peuple engage celui qui l'émet (1). C'est la force de l'ouverture et de la main tendue, l'addition des talents (2). C'est une philosophie de l'action qui nous conduit directement au cœur des problèmes (3), là où le vent souffle le plus fort, tout en restant debout (4). C'est l'idée que notre pays est en train d'abandonner son image de commentateur bavard (5), voire arrogant (6), pour redevenir un acteur constructif et initiateur d'évolutions. Je ne doute pas une seule seconde que de la gauche jusqu'à Villiers, on peut se retrouver aujourd'hui dans le sarkozysme (7).
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(1) Entre les deux tours des élections municipales à Nice, en mars 2008, Christian E. promet, s'il remporte les élections, de démissionner du gouvernement pour se consacrer entièrement à la gestion de la ville. Une fois élu, il quitte effectivement le Secrétariat d'Etat à l'Outre-Mer pour prendre ses nouvelles fonctions de maire de Nice, à l'occasion du remaniement ministériel de mars 2008. Il reniera toutefois sa promesse pour faire son retour au gouvernement, comme ministre de l'Industrie, en juin 2009. Christian E. ne serait-il en définitive pas aussi sarkozyste qu'il le prétend ?
(2) une formule pour "débauchage tous azimuts" sûrement piquée à Jack Lang et que Jacques Attali, éminence grise de métier, avait du consigner quelque part afin de la recycler un jour, pendant les congés d'Henri Guaino.
(3) Ils nous y conduisent directement et nous y laissent aussi parfois, souvent, touj....?
(4) A la différence du chêne mitterandien et du bambou chiraquien, la girouette s..nne ne rompt ni ne plie jamais, elle se contente de tourner, tourner, tourner jusqu'à...l'étourdissement.
(5) Dédicace spéciale à De Villepin
(6) Sur ce plan-là, nos voisins européens peinent néanmoins encore à faire la différence entre sarkozysme et chiraquisme
(7) Alors,Le Pen ou Besancenot contre Sarko, avec 5 % des suffrages exprimés, au second tour de la présidentielle de 2012 ?
La fréquentation des sites d'échanges, comme celui-ci et d'autres ailleurs, est parfois vécue comme une expérience aussi traumatique qu'addictive. Notamment chez ceux pour qui ces éphèmères terres promises devaient être à l'origine le lieu providentiel où prendraient enfin corps leurs rêves les plus fous avant que ces derniers ne se retrouvent à jamais ensevelis sous deux bons mètres d'amertume. Pour d'autres, guidés une curiosité bien moins prosaïque, ce passage s'apparente davantage à un campement virtuel de nomades plus ou moins sédentarisés. Ceux-là viennent y faire une halte plus ou moins longue avant de poursuivre leur chemin à travers ce vaste monde qu'est la vie réelle. C'est ainsi que se croisent et se recroisent dans cet univers parallèle et de manière plus ou moins régulière ou fortuite, les vivants et les autres. Les premiers souhaitent faire partager qui ses expériences, qui ses délires, qui encore ses passions qui encore ses dernières trouvailles sur Google images ou sur Wikipedia. Les seconds, une espèce endogène de poltergeists particulièrement agressifs s'emploient plutôt à pourchasser les premiers de leur infatiguable vindicte. Persuadés que le principe d'Archimède est transposable à l'escrime aquatique (science aussi peu subtile que vaine qui enrichit notre belle langue maternelle de l'expression "coup d'épée dans l'eau") , ces importuns ectoplasmes sont pris d'irrépressibles crises spamatiques au moindre alignement de lettres pourvu d'un très vague semblant de sens. Elevant la pratique de l'onomatopée à un rang quasi-académique et cultivant la pratique de l'insulte à des niveaux olympiques, ces marathoniens fantômatiques de la bêtise ordinaire et anonyme, semblent prendre un malin plaisir à venir fouler les pistes des voisins plutôt que de donner libre cours à leur talent en s'entraînant sur les leurs. Si je salue leur faculté à économiser ainsi leurs moyens, je ne les en invite pas moins à hanter d'autres lieux que mes modestes et antiques ruines qu'ils ont l'air de trouver -si j'ai bien déchiffré leur syntaxe approximative- si inconfortables pour leurs fessiers décharnés.